Pour matérialiser les propos du chef de l'Etat, le Ministre des finances de l'époque Essimi Menyé, aujourd'hui à la tête du Ministère de l'agriculture et du développement rural (MINADER), a indiqué clairement le 1er juin de cette année que « le texte de création est prêt » et qu'il ne restait plus qu'à le soumettre à l'appréciation de la Commission Bancaire de l'Afrique Centrale (COBAC). Six mois après cette annonce, l'agrément de la COBAC est toujours attendu et la banque agricole n'a toujours pas vu le jour.
La création de la Cameroon Agriculture Financial Rural Corporation (CAFRUC), nom de baptême de cette banque, au capital de 10 milliards selon les prescriptions de la COBAC, avec pour unique actionnaire l'Etat du Cameroun, est à priori considérée par les opérateurs du monde rural comme une bouffée d'oxygène. Surtout que l'insuffisance de financements, qu'il s'agisse d'investissements publics ou privés cause énormément de tord au développement du secteur rural.
Le Cameroun n'est pas à sa première expérience. Des structures comme le Fonds National de Développement Rural (FONADER), le Fonds de garantie pour la petite entreprise (FOGAPE), la Banque Camerounaise de Développement (BCD) ou encore le Crédit Agricole du Cameroun avaient entre autres pour mission de concourir au financement des activités agropastorales, mais elles ont toutes fait faillite il y a quelques années. Les raisons évoquées pour la plupart, une gestion calamiteuse. Tout, porte à croire que la nouvelle banque si elle est finalement créée, ne connaitra pas un sort différent.
Au sortir du comice agro-pastoral d'Ebolowa, l'ACDIC a souhaité réagir en organisant le 11 avril 2011 une conférence de presse en prélude à la manifestation paysanne du 31 mai sous le thème : « les mauvaises solutions aux vrais problèmes de l'agriculture camerounaise, la réaction des paysans camerounais ». Toutes les solutions avancées au comice ont été passées au peigne fin. Celle qui retient notre attention ici concerne la banque agricole.
97% des exploitations agricoles au Cameroun (5 200 000 sur 5 300 000 actifs agricoles) sont de petite taille (un hectare au maximum), or la banque a vocation de financer les grands projets. Moralité, la banque agricole sera la banque des fonctionnaires et des élites et non celle des petits paysans. L'adage le dit si bien, « on ne prête qu'aux riches ». L'ACDIC propose alors la création de microstructures de financements plus proches et plus accessibles aux petits exploitants.
Presqu' un an après l'annonce pompeuse de création de la banque, on est à se demander si le gouvernement ne fait pas marche arrière. Du moins le facteur temps ne semble pas être une donnée importante pour l'action gouvernementale. Les amoureux du ballon rond se souviennent que le 10 février 2010, on annonçait la création d'une académie de football. Deux ans après où est-elle ?
En somme, si nous voulons sauver notre agriculture, réfléchissons mieux et agissons vite. Claude Batindi













