D'année en année et à chaque campagne agricole, les producteurs, surtout les plus petits, malheureusement les plus nombreux (97%) doivent se débrouiller avec les moyens de bord pour mettre une semence en terre. Encore heureux ceux qui peuvent se payer ce luxe car on trouve encore en milieu rural des paysans qui ne peuvent même pas accéder à cette semence quelconque. Inutile de leur dire que la qualité de la semence détermine à 50% la production et la productivité de leurs champs. Ils n'ont pas de choix.
Quand on imagine que ces 97% de petits producteurs fournissent 95% des vivriers consommés au Cameroun, on comprend vite non seulement les raisons de la baisse de l'offre en produits locaux sur les marchés ou encore les raisons des importations massives de denrées alimentaires mais aussi et surtout, on comprend les raisons pour lesquelles 60% de pauvres camerounais se trouvent en milieu rural.
Il est tout à fait raisonnable de considérer l'amélioration de la productivité et de la rentabilité des petites exploitations agricoles comme le principal moyen de sortir ces paysans de la pauvreté. Amélioration de la productivité et rentabilité qui passent d'abord et surtout par la qualité des semences qu'utilisent ces exploitants.
Malheureusement ! Ô Cameroun, berceau de nos ancêtres, Il n'y a personne pour le croire.
La campagne agricole qui commence s'annonce extrêmement difficile pour les producteurs de maïs. Les semences sont rares et chères. Sur les marchés, c'est du n'importe quoi. Des semences vendues en sac de 20 kilogrammes à 1 800 FCFA le kg, des semences sans étiquette vendues à 800 FCFA le kg, d'autres avec fausse étiquette de l'IRAD ou du Minader vendues à 850 FCFA par là. Des grains de maïs peints à la craie rouge qui sont vendus comme semences. Bref ! Tout y passe.
Une catastrophe, quand on sait que le maïs est la première céréale cultivée et consommée au Cameroun, qu'il est la monnaie de réserve et la principale source de revenues des petits paysans, qu'il est le premier ingrédient dans la fabrication des aliments pour bétails et qu'il entre dans la fabrication de plusieurs breuvages pour ne citer que ces usages.
En 2009, on estimait la demande nationale annuelle de maïs à 1 500 000 tonnes pour une production de 1 380 000 tonnes. Soit un déficit de 120 000 tonnes. En cette année, on importa 22 600 tonnes de maïs. Depuis lors, toutes les demandes sont en hausse : Demande en alimentation humaine et animale, demande à l'exportation et demande à l'aide alimentaire. Faute de mesures fortes pour booster la production, le déficit a lui aussi cru au rythme de la demande et avoisinerait les 350 000 tonnes. Une chose est sûre, l'année 2012 sera difficile pour tout le monde. Consommateurs comme producteurs. Il faut s'attendre à ce que le pic du Kilogramme de maïs passe de 250 FCFA pour atteindre les 300 voire 350 FCFA, pour une conséquence directe sur les filières avicole et porcicole.
Loin des questions de coût, de qualité et de disponibilité qui sont d'autres maux liés au maïs, chacun croit trouver les raisons de cette déplorable pénurie. Alors qu'au Ministère de l'agriculture et du développement rural (Minader) on dit n'avoir pas obtenu de l'Institut de recherche agronomique pour le Développement (Irad) les semences de base qu'il aurait distribué aux multiplicateurs formés par ses soins pour produire les semences certifiées dont auront besoin les agriculteurs, l'Irad de son côté affirme ne pas disposer suffisamment de semences de pré base pour produire les semences de base destinées aux multiplicateurs du Minader. Et ne serait pas à même non plus de produire lui-même de semences destinées aux paysans.
En 2011, quand tout semblait marcher, la production certifiée de semences de maïs avoisinait les 2 500 tonnes d'après le Minader. Non seulement les multiplicateurs ont chômé faute de semences de base, l'IRAD n'a pas honoré son quota de production. Pour NDIORO A MBASSA, secrétaire général de l'ACOSEC entendez Association du Commerce de Semences et Plants au Cameroun, les raisons de cette pénurie sont toutes trouvées : « Mal an bon an, l'IRAD apporte sur le marché près de 100 tonnes de semences de maïs. Pour des raisons que j'ignore, l'IRAD n'a pas produit de semence de base en deuxième campagne. 100 tonnes en moins sur le marché, c'est beaucoup et suffisant pour créer cette pénurie. » A Celicard NZOKENG, responsable des semences maïs à l'Irad de rétorquer : « Notre campagne a été perturbée. Nous avons perdu une campagne et espérons que les choses soient différentes cette année afin que nous puissions mieux préparer la campagne 2013. » Pour Maurice TCHOUMTCHOUA, Sous directeur de la réglementation des semences : « Le problème est pire que ce qu'on imagine. En plus des pénuries il y a la qualité des semences qu'on trouve sur les marchés. Quelconque. L'approche du problème des semences est fausse. Il est incompréhensible qu'au Cameroun il n'existe même pas une mini chaine de conditionnement des semences. De plus, tous les projets qui ont été initiés afin de résoudre ce problème de semences se sont avérés inefficaces ».
Les documents projets et accords en notre possession attestent de ce que des sommes importantes sont débloquées tant du côté du MINADER que de l'IRAD pour booster la production du maïs. Malheureusement, pour des raisons qu'on peut deviner, les résultats ne suivent pas. Il n'est pas exclu que nous nous intéressions à ces projets et accords dans un proche avenir.
Ceci étant, peut-on encore sauver la campagne qui commence et celles à venir ? Oui ! Avec un peu de volonté.
Pour celle qui commence :
- Rapidement mettre de l'ordre dans la filière semencière afin que cesse l'arnaque des producteurs ;
- Faciliter / Susciter la répartition des semences existantes entre grands et petits producteurs ;
- Envisager l'importation des semences (composites) en urgence avec la possibilité d'une subvention pour les céder moins chère aux producteurs ;
- Organier une véritable campagne de distribution de celles –ci dans les villages pour atteindre les petits producteurs.
Pour le futur :
- Mettre l'Irad au travail avec une situation assainie des chercheurs ;
- Renforcer l'élan de privatisation de la production semencière à la place des fermes semencières













